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14 min

La Silicon Valley n’est pas un modèle pour le Grand Paris

Entretien avec Margaret O’Mara, Professeure d’histoire américaine à l'Université de Washington
Auteur
Anaïs Jardin
Publié le
3/2/2026

La Silicon Valley : un cluster modèle ?

Entretien avec Margaret O’Mara, Professeure d'histoire américaine à l’Université de Washington.

Entretien mené le 2 octobre 2025.

Professeure d’histoire américaine à l’Université de Washington, Margaret O’Mara est une historienne de référence de la Silicon Valley et des politiques technologiques états-uniennes, notamment auteure de Cities of Knowledge: Cold War Science and the Search for the Next Silicon Valley (Princeton University Press, 2005) ou de The Code: Silicon Valley and the Remaking of America (Penguin Random House, 2019). 

Dans cet entretien, elle revient sur les facteurs historiques qui ont façonné la Silicon Valley, le rôle de l’État, des universités, de l’immigration et des effets d’agglomération dans les écosystèmes d’innovation.

Son point de vue apporte un éclairage précieux pour le Grand Paris : si la Silicon Valley n’est pas un modèle à reproduire, Margaret O’Mara propose une grille de lecture historique permettant de comprendre comment les écosystèmes d’innovation émergent, évoluent, et comment le Grand Paris peut construire un modèle d’IA distinct, unique et fondé sur ses propres atouts.

SILICON VALLEY : Analyse du cluster emblématique

À partir de votre perspective historique, quels facteurs expliquent que la Silicon Valley soit devenue un pôle mondial d’innovation ?

Lorsque l’on observe l’essor de la Silicon Valley, on distingue trois ingrédients principaux, que l’on retrouve d’ailleurs dans tous les grands pôles d’innovation.

Le premier ingrédient est le capital. Il a d’abord pris la forme d’investissements publics massifs, en particulier dans les années 1950 et 1960. Les dépenses militaires liées à la guerre froide ont orienté des ressources considérables vers les technologies avancées. Ce financement public, auquel se sont ajoutés plus tard le capital-risque et les investissements privés, a constitué une base extrêmement solide pour l’innovation.

Le deuxième ingrédient réside dans la présence d’universités et d’instituts de recherche de premier plan. Ces institutions, extérieures à la logique du marché, ont pourtant joué un rôle absolument central. Elles ont formé une main-d’œuvre hautement qualifiée, produit de la recherche de pointe et entretenu des liens étroits avec la R&D des grandes entreprises. Stanford et l’Université de Californie à Berkeley ont été particulièrement déterminantes.

Le troisième facteur, ce sont les personnes. La Silicon Valley a attiré une population remarquablement diverse : des individus venus de différentes régions, de différents pays, avec des parcours très variés. La présence de ces talents ne tient pas qu’aux capitaux ou aux institutions, mais elle traduit aussi la qualité du lieu : accessibilité, abordabilité dans les premières décennies et environnement propice à l’expérimentation.

On observe les caractéristiques communes des pôles d’innovation à l’échelle mondiale : on y retrouve toujours l’invention, la création artistique et la migration. L’expérience de l’immigration (arriver dans un lieu inconnu, accepter de prendre des risques et recommencer à zéro) est souvent centrale. Elle façonne des individus connectés, flexibles, capables de se réinventer. La présence de travailleurs issus de l’immigration a également été essentielle dans la construction de la culture entrepreneuriale de la Silicon Valley : une culture qui valorise la prise de risque, l’itération et la rupture. L’immigration n’apporte pas seulement des talents ; elle renforce un état d’esprit qui considère l’incertitude comme une opportunité et l’expérimentation comme un moteur d’innovation.

Enfin, un dernier point fondamental : tout cela prend du temps. Le succès de la Silicon Valley ne résulte pas d’un momentum, mais de plusieurs générations de développement technologique. Il a fallu des décennies pour qu’elle devienne ce qu’elle est aujourd’hui.

Historiquement, les entreprises technologiques étaient perçues comme proches du Parti démocrate et ancrées dans un État progressiste, la Californie. Comment interprétez-vous les évolutions actuelles, avec une partie de la Silicon Valley (y compris certaines figures majeures) se rapprochant de Donald Trump et de positions conservatrices ?

Traditionnellement, la Silicon Valley a penché du côté démocrate, et l’industrie technologique dans son ensemble reste majoritairement alignée avec le Parti démocrate. Cela dit, ces dernières années, on observe un certain nombre de dirigeants emblématiques du secteur se rapprocher de Trump ou de positions plus conservatrices.

Pourquoi ? Largement pour des raisons économiques. Ce que beaucoup d’acteurs de la Silicon Valley ont retenu du premier mandat de Trump, c’est un mode de gouvernance très transactionnel et imprévisible, auquel il fallait s’adapter pour protéger ses intérêts professionnels et personnels. Mais sa position sur la réglementation a aussi compté. Pour des secteurs comme l’IA ou les cryptomonnaies, l’attrait d’un environnement moins réglementé est très fort. À la différence des années Clinton et Obama, perçues comme favorables à la tech, l’administration Biden a adopté une ligne plus antimonopole et plus régulatrice. Cela a créé des tensions avec certains acteurs du secteur, qui considèrent désormais les démocrates comme plus critiques à l’égard de leur pouvoir économique.

Il est important de faire une distinction : l’industrie dans son ensemble (ingénieurs, salariés, écosystème élargi) reste majoritairement démocrate. Beaucoup ont, par exemple, vivement critiqué la politique migratoire de Trump et ont exprimé des inquiétudes face à une économie de l’IA non-réglementée. En revanche, certains dirigeants et investisseurs très visibles ont apporté leur soutien à Trump, estimant qu’il est plus enclin à laisser leurs entreprises se développer sans contraintes, et craignant également d’éventuelles représailles s’ils ne s’alignaient pas avec lui.

Le cas de Sam Altman est révélateur : il n’adhère pas personnellement à Trump, mais il a des raisons pragmatiques de soutenir des politiques susceptibles de favoriser un développement rapide de l’IA. De son côté, Trump promet d’investir massivement dans les infrastructures d’IA et de protéger les entreprises états-uniennes face à la concurrence chinoise.

Il s’agit donc moins d’un réalignement idéologique que d’un repositionnement pragmatique, dicté par les intérêts. Les dirigeants de la tech évaluent l’environnement politique le plus favorable à leurs activités. Le climat politique autour du secteur technologique (autrefois enfant chéri du capitalisme états-unien) a profondément changé depuis l’élection de Donald Trump en 2016. Les grandes entreprises technologiques se trouvent désormais dans une position ambivalente : d’un côté, elles se présentent comme des acteurs responsables, favorables à certaines formes de réglementation ; de l’autre, elles poursuivent des stratégies classiques de conquête de parts de marché et de résistance aux contraintes.

La Silicon Valley s’est construite sur les talents internationaux et l’immigration. Comment les restrictions sur les visas et la migration qualifiée affectent-elles sa capacité de renouvellement ? Voyez-vous d’autres pôles en bénéficier ?

Les restrictions sur les visas et la migration qualifiée sont un facteur important. Cela dit, la Silicon Valley a fait preuve d’une résilience remarquable. Il y a dans la baie de San Francisco une telle accumulation de capital, de puissance institutionnelle et de succès économique qu’elle continue d’attirer des talents malgré les obstacles.

Parallèlement, au cours des quinze dernières années, on a vu émerger d’autres pôles à travers le monde : Toronto, Londres, Bangalore, entre autres. Ces écosystèmes bénéficient à la fois d’investissements locaux dans l’éducation et la recherche, et du fait que les talents sont aujourd’hui très mobiles à l’échelle mondiale. Il existe une relation symbiotique entre ces hubs et la Silicon Valley : les personnes, les capitaux et les idées circulent dans les deux sens.

La Silicon Valley n’est pas seulement un lieu ; c’est un réseau global. Même si les États-Unis se ferment partiellement, la Vallée continue d’exercer une influence considérable à travers les diasporas, les investissements à l’étranger de ses entreprises et la circulation mondiale des connaissances et des capitaux.

Voyez-vous émerger aux États-Unis de nouveaux modèles d’écosystèmes d’innovation distincts de la Silicon Valley ?

À certains égards, Seattle est l'écosystème qui se rapproche le plus de la Silicon Valley, avec Amazon et Microsoft jouant le rôle d’entreprises pivot, et une forte présence universitaire. Mais la grande différence aujourd’hui est que le paysage technologique états-unien est dominé par un petit nombre de très grandes entreprises (appelé les « Big Five » ou les « Magnificent Seven »). Leur taille et leur influence rendent plus difficile l’émergence de nouveaux hubs indépendants comparables à ce qu’a été la Silicon Valley à ses débuts.

Il existe néanmoins des efforts pour diversifier géographiquement l’innovation et diffuser la richesse technologique. On observe des écosystèmes intéressants en Caroline du Nord, ancrés dans le textile et l’industrie avancée, ou encore à Austin et Denver, qui attirent à la fois startups et grandes entreprises. Des programmes fédéraux ont également cherché à soutenir la création de nouveaux pôles d’innovation, même si certains ont été réduits ou abandonnés sous l’administration Trump.

Cela reste toutefois une période assez pessimiste pour l’innovation états-unienne. L’innovation continue, bien sûr, mais la concentration extrême des capitaux et des talents dans quelques lieux rend la concurrence difficile pour les nouvelles régions.

VILLES & CONCENTRATION : le rôle des effets d’agglomération

D’après vos recherches, dans quelle mesure l’ancrage territorial, la proximité géographique et les effets d’agglomération ont pu jouer un rôle dans l’essor de la Silicon Valley ? Est-ce toujours le cas à l’ère du cloud et de l’IA générative ?

C’est un rôle absolument central. Même si l’on parle de travail à distance et de réseaux numériques depuis les années 1980, le lieu compte toujours énormément. Dans la Silicon Valley, la proximité physique entre entreprises, universités et investisseurs a créé un écosystème dense où les idées et les personnes circulent rapidement.

La proximité géographique a permis aux travailleurs de passer facilement d’une entreprise à une autre, emportant avec eux connaissances et réseaux. Même à l’ère des entreprises virtuelles et des outils cloud, le pouvoir du lieu reste très important.

Il faut rappeler que la Silicon Valley est encore largement suburbaine, faite de campus et de parcs d’activités. Mais la proximité ne se résume pas aux bureaux. Elle concerne aussi la culture et la qualité de vie. Restaurants, espaces de sociabilité, vie culturelle : ce sont ces lieux informels de rencontre qui nourrissent la créativité et l’innovation.

À l’inverse, quels sont les inconvénients de la concentration de l’innovation dans quelques grandes métropoles ?

La concentration de l’innovation dans un petit nombre de lieux peut créer un paysage économique très déséquilibré. Les ressources publiques, les infrastructures et les talents affluent vers ces pôles, laissant d’autres territoires à l’écart. On observe ce phénomène non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. Bangalore, par exemple, est devenu un centre d’innovation majeur, mais il est aussi marqué par de fortes inégalités de développement.

Du point de vue des politiques publiques, l’enjeu est d’équilibrer les investissements. Les gouvernements doivent encourager l’activité entrepreneuriale dans un éventail plus large de territoires, sans attendre que chaque ville devienne une nouvelle Silicon Valley. Tous les lieux n’ont pas vocation à devenir des hubs technologiques, mais tous peuvent bénéficier de l’innovation.

C’est un peu comme un bac à sable : les pouvoirs publics peuvent créer des espaces où ingénieurs, entreprises, universités, voire organisations internationales, expérimentent et collaborent. C’était l’esprit des investissements publics du milieu du XXe siècle. Mais à l’époque, le processus était mal organisé : beaucoup d’argent a été investi dans ces espaces expérimentaux, sans être réparti de manière équilibrée sur l’ensemble du territoire.

La politique américaine soutient-elle encore la concentration de l’innovation dans la Silicon Valley, ou observe-t-on une dynamique de déconcentration ?

D’un côté, la Silicon Valley reste le centre symbolique et opérationnel de la tech états-unienne. Près de 80 ans d’investissements continus dans l’enseignement supérieur, la recherche et les contrats de défense ont créé un écosystème sans équivalent. La Silicon Valley continue de bénéficier de cette accumulation de ressources. 

Mais nous sommes dans une période très imprévisible. Le durcissement des politiques migratoires sous l’administration Trump déstabilise les programmes d’étudiants internationaux et les flux de travailleurs qualifiés. Cette imprévisibilité est très dommageable pour les universités et pour les entreprises qui dépendent de ces talents. Cela soulève des interrogations quant à la capacité des États-Unis à maintenir le même flux de talents qui a nourri l’essor de la Silicon Valley. 

Parallèlement, les géants technologiques sont plus riches et plus puissants que jamais. Ils s’ancrent non seulement dans la Silicon Valley, mais aussi à Seattle. Cette domination renforce la concentration, même si des écosystèmes plus modestes tentent d’émerger ailleurs. L’ampleur des investissements actuels dans l’IA est sans précédent : selon certaines estimations, l’investissement privé états-unien dans l’IA est aujourd’hui dix fois supérieur au budget du programme Apollo. Cela montre à quel point les infrastructures de la prochaine vague technologique se concentrent dans un nombre très limité de lieux.

Reste à savoir si l’IA favorisera une diffusion plus large de l’innovation ou accentuera encore cette concentration. La technologie évolue par cycles : périodes d’euphorie suivies de désillusions. L’impact à long terme sur la géographie de l’innovation demeure donc incertain.

GRAND PARIS - les enseignements de la Silicon Valley

Quels enseignements le Grand Paris peut-il tirer de la trajectoire de la Silicon Valley pour structurer son écosystème IA ?

L’un des principaux enseignements est que la Silicon Valley s’est appuyée sur ses forces historiques. Dans les années 1950, la région s’est spécialisée dans l’électronique et les technologies militaires, avant de développer des compétences en informatique et en logiciels.

Chaque région dispose de sa propre histoire, de sa culture et de domaines d’expertise historiques, qui peuvent servir de socle à l’innovation future. Les centres de recherche, universités et clusters industriels sont plus efficaces lorsqu’ils s’ancrent dans le contexte socio-économique historique de la région

Pour le Grand Paris, l’enjeu est de valoriser ces atouts existants tout en créant un environnement attractif pour les talents, français comme internationaux. Cela implique des politiques favorisant la mobilité, la collaboration et l’entrepreneuriat.

Les pôles européens peuvent aussi s’inspirer de la Silicon Valley en misant sur les écosystèmes entrepreneuriaux, à l’échelle nationale et internationale. L’innovation est avant tout une affaire de personnes. Créer des réseaux où ingénieurs, chercheurs, investisseurs et startups peuvent se rencontrer et expérimenter est essentiel.

Enfin, il y a aussi une question de timing : il faut savoir saisir les opportunités, les périodes de brain drain ou de redéploiement des talents et des capitaux pour créer une dynamique collective.

À l’inverse, quels écueils le Grand Paris devrait-il éviter au regard de l’expérience états-unienne ?

Dans la Silicon Valley, les infrastructures comme les transports publics sont souvent insuffisantes, et de nombreux quartiers sont extrêmement chers ou mal desservis. Investir uniquement dans la technologie (par exemple en construisant un parc de recherche) ne suffit pas à créer un écosystème durable.

Un pôle d’innovation pérenne suppose une attention forte à l’urbanisme et à l’environnement au sens large : logements abordables, transports, aménités, culture, espaces de vie et d’interactions. Sans cela, même avec des équipements de pointe, il devient difficile d’attirer et de retenir les talents et de favoriser la créativité spontanée nécessaire à l’innovation. En résumé, il ne suffit pas de copier les infrastructures technologiques de la Silicon Valley ; il faut investir dans le contexte humain et urbain qui rend l’innovation possible sur le long terme.

Quels atouts spécifiques Paris et l’Europe peuvent-ils mobiliser pour construire un avantage comparatif distinct (au lieu d’imiter la Silicon Valley) ? 

Paris dispose de ressources étatiques importantes et d’infrastructures urbaines solides. Son écosystème technologique, déjà bien établi, accueille de grands acteurs internationaux comme Meta ou Microsoft, qui peuvent jouer un rôle d’ancrage et de catalyseur pour des startups locales. 

Pour développer un avantage distinct, Paris devrait renforcer les espaces dédiés aux startups, les accélérateurs et les dispositifs reliant jeunes entrepreneurs, financeurs et mentors. Il est essentiel de reconnaître et de soutenir les talents déjà présents.

Les universités et institutions de recherche sont centrales, non seulement pour former, mais aussi pour créer des lieux propices à la créativité, à l’expérimentation et à la collaboration. Il ne s’agit pas de construire des parcs de recherche traditionnels, mais des espaces vivants, mêlant infrastructures, culture et réseaux, ce que l’on pourrait appeler une forme de « glamourisation » de l’innovation : un lieu désirable où échanger des idées et innover ensemble.

Historiquement, les États-Unis ont favorisé la prise de risque et un passage à l’échelle rapide via le capital-risque. L’Europe est perçue comme plus prudente et réglementée. L’Europe peut-elle développer son propre modèle ? Ou alors le modèle états-unien reste dominant ?

La Silicon Valley repose sur une forte culture entrepreneuriale et un capital-risque très performant, encourageant la prise de risque et la croissance rapide. Mais même dans la Vallée, il existe une forme de conservatisme : les investisseurs suivent souvent les tendances, investissent dans les mêmes domaines et cherchent à sécuriser leurs rendements au lieu de chercher des innovations radicales. Les contraintes réglementaires sont généralement perçues comme quelque chose à contourner, et non comme des principes structurants.

L’Europe dispose d’atouts différents. Son approche est en effet plus prudente et régulatrice, mais cela n’est pas nécessairement une faiblesse. Une régulation réfléchie peut favoriser la confiance, la durabilité et la stabilité à long terme ; des qualités que le modèle états-unien néglige parfois dans sa course à l’innovation et au passage à l’échelle. 

Je pense que l’Europe peut donc construire un modèle distinct, combinant expertise scientifique, institutions solides et cadre réglementaire protecteur qui soutient un écosystème entrepreneurial dynamique. Ce modèle peut produire une innovation plus responsable, plus résiliente et mieux intégrée socialement, loin de la spéculation et de la course à l'innovation. En ce sens, l’Europe n’a pas à rougir de son penchant pour la réglementation : cela peut devenir un avantage compétitif.

Identifiez-vous des opportunités de coopération ou des complémentarités entre la Silicon Valley et les écosystèmes européens d’IA ?

Il faut garder à l’esprit que la Silicon Valley s’est construite sur des réseaux et des coopérations. Dans ces jeunes années, la Vallée s’est fortement appuyée sur ses connexions avec les universités de Boston, les financiers de New York et les pouvoirs publics de Washington. Toute entreprise technologique s’inscrit dans un écosystème plus large de personnes, de capitaux et d’idées. Le même principe s’applique aujourd’hui ; la fermeture relative des États-Unis à l’immigration ou aux nouveaux investissements ne va probablement pas durer.

Paris n’a pas besoin de devenir la « prochaine Silicon Valley ». En revanche, elle peut développer des relations symbiotiques avec la Silicon Valley et d’autres hubs mondiaux. Cela peut prendre différentes formes : faciliter la mobilité des talents, encourager les investissements transfrontaliers, mettre en œuvre des programmes de recherche communs, favoriser des réseaux d’échanges de connaissances. Coopérer ce n’est pas imiter : c’est une stratégie de connexions permettant à chaque territoire de valoriser ses forces au sein du système mondial d’innovation.

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