
À travers le continent, des analystes comme Hubert Védrine, Giuliano da Empoli et Peter Sloterdijk estiment que l’Europe peine à formuler un récit commun face à la montée des tensions géopolitiques.
Dans une tribune publiée par la Revue Urbanisme, l’économiste et urbaniste Jean Haëntjens suggère que l’Europe pourrait négliger l’un de ses principaux atouts : ses villes.
Les villes européennes sont depuis des siècles des moteurs de civilisation et de rayonnement international. Leur densité, leur échelle humaine et la qualité exceptionnelle de leurs espaces publics en font certaines des villes les plus agréables à vivre au monde, comme le montrent de nombreux classements internationaux fondés sur la qualité de vie.
Elles combinent 3 qualités qui coexistent rarement ailleurs :
Elles sont également à l’avant-garde de la transition écologique : les villes européennes émettent deux fois moins de CO₂ que leurs homologues nord-américaines, tandis que des pionnières comme Copenhague ou Göteborg visent la neutralité carbone dès 2025-2030.
Dans un monde marqué par une emprise croissante du numérique, elles font également preuve de résilience : de nombreuses villes ont réglementé des plateformes comme Uber, Airbnb ou Lime, afin de défendre l’intérêt général et leur souveraineté urbaine.
Pour transformer ces atouts en véritable avantage géopolitique, Haëntjens souligne que l’Europe doit répondre à 2 priorités urgentes :
Parmi les autres priorités figurent la décarbonation des mobilités, le développement de la nature en ville, la régénération des territoires périurbains et la lutte contre l’étalement urbain – autant de domaines dans lesquels de nombreuses villes européennes expérimentent et jouent déjà un rôle moteur.
Ces actions permettraient à l’Europe de préserver son identité urbaine tout en répondant aux défis du changement climatique et des bouleversements numériques.
La plupart des valeurs auxquelles les Européens associent leur civilisation – démocratie, culture scientifique, protection sociale, civilité urbaine – se sont développées dans les villes entre le XIIe et le XVIIIe siècle.
Aujourd’hui, ces mêmes laboratoires urbains réinventent les principes d’une société écologique et démocratique fondée sur la responsabilité, la continuité, l’échelle humaine et la résilience.
Les villes européennes sont bien plus que des lieux de vie : elles constituent des atouts stratégiques. En renforçant leur modèle urbain et en s’appuyant sur leur héritage écologique et démocratique, les villes européennes peuvent contribuer à façonner un récit continental fédérateur et proposer une alternative forte aux autres modèles urbains mondiaux.