Loger les salariés sans affaiblir l’économie productive du Grand Paris

La crise du logement n’est plus seulement une crise résidentielle. Elle pèse directement sur les entreprises.
Auteur
Zahia Attar
Publié le
5/6/2026

C’est tout l’enjeu du nouveau rapport de la CCI Paris Île-de-France.

La crise du logement n’est plus seulement une crise résidentielle. Elle pèse directement sur les entreprises : difficultés de recrutement, mobilités contraintes, éloignement croissant entre lieux de vie et bassins d’emploi.

Dans une région qui concentre plus de 30 % du PIB national, mais où près de 850 000 personnes sont en attente d’un logement social, le logement devient un facteur critique de compétitivité métropolitaine. Le rapport rappelle aussi qu’en France, il constitue désormais le deuxième motif de difficulté de recrutement, soit un emploi sur cinq.

L’intérêt de cette prise de position, portée par le groupe de travail présidé par Bernard Michel, avec l’expertise et la rédaction de Dominique Moreno, et réunissant Pierre-Jean Baudey-Vignaud, Jérôme Bédier, Jean Bouzid, Cyril Capliez, Danielle Dubrac, Dominique Mocquax, Benoît Monroche et Jean-Marc Morandi, est de ne pas réduire la réponse à une seule injonction : “construire plus”.

Car produire du logement près des emplois ne peut pas signifier fragiliser les espaces économiques qui font vivre ces emplois.

Le rapport met ainsi en garde contre le risque du “tout logement”, notamment dans les zones d’activités économiques, dont la mutation progressive en habitat pourrait affaiblir la vocation productive, artisanale, logistique ou industrielle des territoires.

Sa ligne est plus fine : penser le “logement avec”, et non le “logement à la place de”.

Pour y parvenir, la CCI Paris Île-de-France propose plusieurs leviers très opérationnels :

  • mieux articuler habitat et activités dans les PLU, notamment par des ratios activité/logement ;
  • préserver les fonciers économiques lorsque leur compatibilité avec l’habitat est limitée ;
  • encourager la réversibilité des bâtiments ;
  • accélérer et sécuriser les procédures d’autorisation ;
  • développer plus fortement le logement intermédiaire, indispensable pour les salariés qui ne relèvent ni du logement social ni du marché libre.

Ce rapport s’inscrit dans le prolongement des avancées récentes en matière d’urbanisme et de logement — lois Daubié et Huwart, statut du bailleur privé — et vise à nourrir le projet de loi logement annoncé par le Premier ministre avec des propositions d’amendements et de bonnes pratiques.

Il entre aussi en résonance avec les réflexions que nous menons chez Paris-Île de France Capitale Économique sur l’engagement des entreprises en faveur du logement de leurs salariés.

Car dans le Grand Paris, le logement n’est plus un sujet périphérique de l’attractivité. C’est une condition de recrutement, de fidélisation, de mobilité professionnelle et de maintien des activités économiques.

L’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage de logements. Il est de produire les bons logements, aux bons endroits, sans faire disparaître les activités économiques qu’ils sont censés servir.

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