Parité
17 min

Parité en portraits #20 : Elisabeth Moreno

Pour ce 20e épisode de notre série « Parité en Portraits », nous avons eu le plaisir d’échanger avec Élisabeth Moreno.
Auteur
Juliette Podglajen
Publié le
28/5/2025

Pour ce 20e épisode de notre série « Parité en Portraits », nous avons eu le plaisir d’échanger avec Élisabeth Moreno. Ancienne ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, à la Diversité et à l’Égalité des chances (2020-2022), elle a également dirigé plusieurs entreprises dans le secteur technologique, en France comme à l’international. À la croisée du public et du privé, son parcours nourrit un engagement puissant pour l’égalité. Avec lucidité sur les résistances qui demeurent et une conviction intacte : l’égalité n’est pas un idéal abstrait, c’est un levier de progrès collectif – à condition de s’y engager avec ambition, optimisme et constance.

Élisabeth Moreno commence sa carrière dans le secteur privé, créant sa première entreprise à 20 ans dans le bâtiment, avant de rejoindre le numérique. Elle débute chez Orange à la tête des ventes et du service client pour les PME, puis rejoint Dell, où elle occupe pendant plus de dix ans des postes de direction commerciale jusqu’à diriger les ventes pour la zone EMEA. Elle devient ensuite directrice générale de Lenovo France puis dirige le groupe Hewlett-Packard pour l'Afrique. Entre 2020 et 2022, elle est ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, à la Diversité et à l’Égalité des chances sous le gouvernement Castex. Elle poursuit aujourd'hui des projets associatifs, notamment avec la Fondation Femmes@Numérique, tout en présidant le fonds d’investissement à impact Ring Capital. 

Voici quelques extraits de la conversation.

Pouvez-vous retracer votre parcours ?

Élisabeth Moreno : Je suis née aux îles du Cap-Vert, un magnifique archipel, que j'ai quitté pour la France avec ma famille à l'âge de six ans.

J’ai fait des études de droit, portée par un idéal de justice, mais je suis finalement tombée dans le monde des affaires, que j’ai appris à découvrir et à aimer : toutes les caractéristiques de notre humanité s'y expriment de manière exponentielle, pour le meilleur… et pour le pire. J'ai créé ma première entreprise à l'âge de 20 ans dans le secteur du bâtiment. Nous partîmes deux et nous finîmes une trentaine, travaillant avec les plus grands groupes français comme Alstom, Bouygues ou Cegelec. Cela a été une école extraordinaire.

À l'âge de 30 ans, j'ai rejoint mon premier grand groupe technologique, Orange. Dans ma quarantaine, je suis devenue CEO de Lenovo France et à l'âge de 50 ans, je suis devenue ministre. Entre temps, j'ai dirigé le groupe Hewlett-Packard pour le continent africain et j'ai aussi été juge, souhaitant profiter de toutes les opportunités qui m'étaient offertes d’apprendre.

Lors de vos expériences dans le secteur privé, comment avez-vous appréhendé les enjeux de parité et d'égalité femmes-hommes ?

EM : Je fais partie de cette génération de femmes qui n'a pas réalisé dans un premier temps combien les questions d'égalité restaient un idéal.

La pyramide de Maslow indique qu’avant de pouvoir s’intéresser à son accomplissement et à sa réalisation personnelle ou collective, il faut que les besoins les plus fondamentaux soient remplis. Il m’a fallu, je crois, plus de 30 ans pour m'accomplir et me réaliser, prendre confiance et me rendre compte que j'avais des compétences utiles pour la société.

Enfant issue de l'immigration, transclasse, ayant travaillé dans des environnements très masculins, j'ai été très tôt sensible à la question de l’égalité des chances et je me suis engagée sur cette question dès la fac. Mais c’est par hasard que j’ai un jour réalisé l’écart de salaire entre les femmes et les hommes, avec un document imprimé par les RH et oublié sur l’imprimante… Cette injustice a été un déclic : j’ai compris que pour le même travail, le même engagement, les mêmes diplômes, la même valeur créée, une femme est moins payée et ne peut pas saisir les mêmes opportunités professionnelles. À partir de là, j'ai commencé à créer des réseaux de femmes dans le monde professionnel et je n'ai plus jamais lâché la dimension genrée de l’égalité des chances.

Vous avez évoqué avoir évolué dans des environnements très masculins. Avez-vous vu une évolution au cours de votre carrière ?

EM : J'aimerais tellement répondre oui ! Mais la réalité est en demi-teinte.

Nous étions à peine 10 % de femmes quand j’ai commencé ma carrière dans le bâtiment et 20 % dans la tech. Quand je suis devenue juge, certains vantaient la forte présence des femmes, mais la réalité est que, bien que majoritaires dans le métier, elles ne le sont pas aux postes décisionnaires. Quand je suis entrée en politique, il y avait moins de 30 % de femmes.

Y a-t-il eu des progrès pour les droits des femmes ? Oui. Nous pouvons aujourd'hui – mais seulement depuis 65 ans – ouvrir un compte en banque sans avoir à demander l'autorisation de nos maris ou de nos pères. Il y a aussi une meilleure prise de conscience, dans les familles, à l’école et dans la société, que les métiers n'ont pas de genre. Mais la prise de conscience ne suffit pas à faire bouger les lignes. L’enjeu, c’est le passage à l'action - et il reste laborieux. La preuve en est : les femmes ne représentent toujours que moins de 30 % des effectifs des secteurs du bâtiment et de la tech.

Comment votre expérience dans le privé a-t-elle influencé votre action en tant que ministre ?

EM : Devenir ministre n’était pas un projet. C’est une mission que je n’avais pas anticipée, mais que j’ai prise à bras-le-corps avec la force de mon expérience. On reproche souvent aux politiques d’être déconnectés de la réalité. Moi, j’arrivais du terrain : celui de l’entreprise, des responsabilités concrètes, des choix difficiles.

J’ai créé une TPE. Je sais ce que c’est que d’angoisser pour payer l’URSSAF, de chercher les bons partenaires, de recruter sans filet, de porter la responsabilité d’une équipe. J’ai aussi dirigé de grands groupes, donc je connais tous les étages de l’économie.

Quand je suis entrée en politique, je l’ai fait avec une conviction : agir comme j’aurais rêvé qu’on agisse pour moi. Pour la femme que je suis, pour l’entrepreneure, pour la fille d’ouvriers. Je voulais des actions concrètes, utiles, ancrées dans le réel.

J’ai travaillé main dans la main avec les associations de terrain, car elles connaissent mieux que personne les réalités des populations. Et j’ai composé une équipe ministérielle à l’image de cette diversité de regards, de parcours, de compétences — convaincue qu’on ne peut pas affronter des crises multiples avec une pensée unique.

Ce que j’ai appris en entreprise, je l’ai appliqué en politique : la diversité n’est pas un supplément d’âme. C’est une condition de performance collective. Et donc, de réussite nationale.

Aujourd'hui, comment se concrétise votre engagement pour l’égalité ?

EM : Mon engagement pour l’égalité se déploie aujourd’hui sur plusieurs fronts, mais avec un fil rouge : agir concrètement, durablement, stratégiquement.

D’abord, en tant que présidente de Ring Capital, un fonds à impact social et environnemental, je soutiens des start-ups qui s’attaquent aux urgences de notre siècle : l’accès à l’eau potable, le traitement des déchets, l’agriculture durable, la transition énergétique, mais aussi l’éducation, la santé ou la cohésion sociale. Chaque jour, je vois des entrepreneuses et des entrepreneurs transformer une idée en solution, un rêve en réalité. C’est une formidable leçon d’optimisme et de responsabilité.

En France, on oublie trop souvent que l’entreprise est un moteur de progrès. C’est elle qui crée de la valeur, qui donne accès à l’autonomie économique — condition indispensable pour vivre dignement, se former, se soigner, se projeter. Les politiques publiques sont indispensables pour fixer un cap, mais ce sont les entreprises qui concrétisent le changement. L’un sans l’autre, le progrès reste un vœu pieux.

Par ailleurs, j’accompagne de nombreuses entreprises sur leurs stratégies ESG. Beaucoup de dirigeants veulent s’engager, mais manquent d’outils ou de repères. Et ce n’est pas un hasard : dans mon Executive MBA, sur dix manuels, six portaient sur la finance, trois sur les process… un seul sur l’humain. Cela résume parfaitement l’impasse d’un modèle centré sur la performance à tout prix. Or, un système qui épuise ses ressources humaines et naturelles court à sa perte.

Au-delà de mes fonctions professionnelles, je poursuis l’engagement associatif qui m’anime depuis quarante ans.

J’ai fondé l’association La Puissance du Lien, qui valorise les liens humains comme leviers de transformation à travers le mentorat et les rencontres. Je crois profondément que c’est dans la qualité des relations que se construit la résilience collective.

Et en tant que présidente de Femmes@Numérique, je milite pour une meilleure représentation des femmes dans la tech. Le numérique transforme nos vies, nos emplois, nos démocraties. Pourtant, il est encore conçu et dirigé majoritairement par des hommes : 30 % de femmes dans le secteur, 17 % dans les métiers techniques, 12 % en cybersécurité. Ces chiffres ne sont pas anecdotiques, ils sont alarmants.

Car la technologie amplifie les comportements humains. Si elle est pensée sans diversité, elle reproduira ,voire aggravera , les inégalités. Les réseaux sociaux en sont la preuve : ils peuvent être des caisses de résonance inquiétantes de la haine et des stéréotypes.

Alors comment imaginer que le numérique puisse réparer le monde s’il exclut la moitié de l’humanité dès sa conception ?

Mon engagement, aujourd’hui, c’est de faire en sorte que la transformation soit inclusive. Parce que sans inclusion, il n’y aura ni progrès, ni paix, ni durabilité.

Que pensez-vous du recul des politiques de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI), dans un contexte où le gouvernement fédéral américain cherche à imposer sa ligne au secteur privé, y compris aux entreprises françaises ? En mars, plusieurs grands groupes hexagonaux ont reçu une lettre de l’ambassade des États-Unis à Paris, leur demandant de justifier l’existence de leurs politiques DEI, avec la menace à peine voilée de perdre l’accès aux marchés publics américains.

EM : Trois choses me frappent particulièrement.

D’abord, comment un gouvernement fédéral peut-il, par simple décret, imposer à des entreprises privées leur politique de recrutement interne ? Cette intrusion dans la gouvernance des entreprises soulève de sérieuses questions sur l’équilibre entre puissance publique et responsabilité privée.

Ensuite, un symbole qui en dit long : pour la première fois dans l’histoire contemporaine, lors d’une investiture présidentielle dans l’une des plus anciennes démocraties occidentales, ce ne sont pas les chefs d’État qui occupaient les premiers rangs… mais les PDG des géants technologiques et les milliardaires. Un déplacement du centre de gravité du pouvoir. Silencieux, mais brutal.

Enfin – et peut-être surtout – je suis convaincue que les entreprises qui ont reculé sur leurs politiques DEI (Diversité, Équité, Inclusion) ne s’étaient jamais vraiment engagées. Il est saisissant de voir certaines d’entre elles, notamment des cabinets de conseil, faire volte-face avec désinvolture, alors qu’elles ont bâti leur crédibilité sur des études démontrant — chiffres à l’appui — que la diversité est un facteur de performance, d’innovation et de résilience.

La lettre de l’ambassade américaine l’a confirmé : ce backlash est coordonné. Mais je garde foi dans la lucidité des entreprises européennes. La plupart d’entre elles ont, je l’espère, compris que cette pression est conjoncturelle, même si ses conséquences sont profondes. J’ai une pensée particulière pour celles qui ont osé dire non. Je pense au président de Schlumberger France, à celui d’Apple, ou encore à Jean-Claude Legrand de L’Oréal, dont les mots clairs et engagés ont résonné avec courage. Quand certains expliquent qu’ils n’ont « pas le choix », d’autres rappellent que certaines valeurs ne se négocient pas. L’Histoire, tôt ou tard, fera le tri.

À celles et ceux qui pensent qu’un recul sur les politiques DEI pourrait ramener la paix sociale, je dis ceci : ce qui crée les tensions, ce n’est pas l’égalité — c’est l’injustice. Les entreprises doivent se souvenir que leurs meilleurs actifs, ce sont les femmes et les hommes qui les composent, quels que soient leur origine, leur genre, leur orientation, leur âge ou leur situation de handicap. Comment reconstruire une société en laissant sur le bord du chemin des millions de talents ? Comment innover, croître, s’adapter, en se privant délibérément d’une partie de l’intelligence collective ?

Le coût de ce repli est immense. Économique, humain, sociétal.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est la tiédeur de certaines réactions, et le cynisme de celles qui s’en accommodent. Deux choses l’expliquent : un manque criant de courage dans une époque qui réclame de l’audace ; et une banalisation du renoncement, comme si trahir ses engagements était devenu un réflexe de gestion. Je ne dis pas que ces décisions sont simples. Je dis que certaines valeurs méritent qu’on se batte pour elles.

Et heureusement, la relève est là. Les jeunes ne sont pas dupes. Ils voient les contradictions, les renoncements, les faux-semblants. Ce qui les éloigne de l’entreprise, ce n’est pas l’envie de contribuer : c’est le refus de se compromettre dans un système qui ne respecte ni ses engagements, ni ses promesses.

À nous, maintenant, de leur redonner des raisons d’y croire.

Lorsque vous étiez au ministère, de nombreuses avancées ont vu le jour : la loi Rixain, l’allongement du congé paternité, la contraception gratuite jusqu’à 25 ans, la loi contre les thérapies de conversion, l’Index Diversité et Inclusion… Que doivent encore faire l’État et la loi pour faciliter la parité et l’égalité femmes-hommes ?

EM : Je suis fière des avancées obtenues durant mon passage au ministère — la loi Rixain, le congé paternité allongé, la contraception gratuite jusqu’à 25 ans, la loi contre les thérapies de conversion, ou encore l’Index Diversité et Inclusion. Mais soyons lucides : beaucoup reste à faire.

Face à la montée des inégalités, le budget dédié à l’égalité femmes-hommes est encore largement insuffisant — à la fois en volume et en orientation. Trop souvent, ce sujet est traité en périphérie, comme un supplément d’âme, alors qu’il devrait être au cœur de toutes nos politiques publiques. On peut voter les plus belles lois du monde, mais sans contrôle de leur application, elles restent lettre morte. Il faut oser des lois contraignantes, assorties de sanctions. L’index de l’égalité professionnelle, lancé par Muriel Pénicaud, a été un bon début : il a forcé les entreprises à regarder leurs pratiques en face. Mais sans conséquence en cas d’inaction, les effets restent limités.

Il est temps de doter ce ministère des moyens qu’il mérite. L’égalité n’est pas un enjeu moral optionnel. C’est un impératif républicain. Une boussole qui devrait guider toutes les décisions publiques, économiques, sociales, éducatives.

Depuis mon arrivée dans le capital-investissement, j’ai mesuré à quel point l’argent peut être un levier de transformation sociale. Mais à condition qu’il soit orienté avec discernement. Trop souvent, on voit des millions d’euros investis dans des projets absurdes — des gadgets technologiques sans impact — pendant que les initiatives à fort potentiel écologique ou social peinent à boucler leurs tours de table. À l’ère de l’anthropocène, alors que le monde vacille, nous continuons de financer notre propre effondrement. Cette incohérence me sidère.

Mais je ne suis pas de ceux qui baissent les bras. Je crois au pouvoir de l’action. Chaque jour, je rencontre des femmes et des hommes brillants, audacieux, lucides sur les défis qui nous attendent. Et contrairement à certains discours défaitistes, une grande partie de la jeunesse est à la hauteur : solidaire, responsable, en quête de sens. Je pense à ces start-ups qui enseignent le français à des réfugiés et les intègrent dans des secteurs en tension. À ces collectifs qui réinventent l’agriculture, la tech ou la santé pour plus d’équité. Ce sont eux, les bâtisseurs d’un futur désirable. Il est temps de leur donner les moyens de réussir.

Quels types d’obstacles avez-vous dû lever dans votre carrière ?

EM : Avec le temps, j’ai compris que les plus grands obstacles ne sont pas toujours à l’extérieur. Ce sont souvent ceux que l’on porte en soi : ce doute tenace qui nous pousse à nous taire alors qu’on a une idée brillante, cette voix intérieure qui murmure qu’on n’est pas légitime, ce perfectionnisme qui nous paralyse.

Oui, j’ai rencontré le sexisme, le racisme, le validisme. Mais paradoxalement, ce ne sont pas ces épreuves qui m’ont le plus freinée — ce sont elles qui m’ont révélée. Elles m’ont appris que j’étais capable de bien plus que ce que je croyais. Qu’on peut transformer chaque discrimination en moteur. Chaque blessure en force.

Le chemin n’a pas été simple, mais il m’a permis d’apprendre une chose essentielle : ce que nous devons surmonter, ce n’est pas seulement le regard des autres — c’est le nôtre.

Selon vous, quels facteurs entrent en jeu dans le fait de se mettre soi-même des obstacles ?

EM : Se mettre soi-même des obstacles n’est jamais un hasard. C’est souvent le fruit d’un conditionnement silencieux, mais profondément enraciné.

L’éducation, d’abord, joue un rôle central. Les études sont claires : on n’élève pas les filles comme on élève les garçons. Dès le plus jeune âge, on apprend aux unes la prudence, aux autres l’audace. Aux unes de plaire, aux autres de conquérir. Quand je rencontre une femme qui a brisé le plafond de verre, je lui pose toujours la même question : Qu’est-ce qui a fait la différence ? La réponse est souvent la même : des parents qui lui ont dit, inlassablement, qu’elle pouvait tout accomplir. Non pas parce qu’elle était une fille exceptionnelle, mais parce qu’elle était une personne capable.

L’environnement dans lequel on grandit est décisif. Comme le dit un proverbe africain : « Il faut tout un village pour élever un enfant ». Lorsqu'un garçon apprend qu’il n’a pas besoin d’écraser pour réussir, et qu’une fille apprend qu’elle n’a pas à se taire pour être acceptée, alors chacun peut avancer librement, sans intégrer des freins invisibles.

Je pense à cette jeune collaboratrice de mon cabinet, qui m’a raconté avoir découvert l’existence de Sciences Po… à 18 ans. Comment espérer viser haut quand on ignore même que certaines portes existent ? C’est cela, l’injustice systémique : ce n’est pas seulement d’avoir moins de chances, c’est de ne pas savoir qu’on aurait pu en avoir.

Pendant des siècles, les femmes ont été réduites à des rôles secondaires. Et cet héritage continue de peser. On nous a souvent appris que notre accomplissement passait par le mariage et la maternité. Je me suis mariée, j’ai deux enfants, et je me suis battue pour ne pas avoir à choisir entre ma vie personnelle et ma carrière. Pourquoi le devrions-nous ? En quoi être une mère présente, une femme aimante et une cheffe d’entreprise accomplie seraient incompatibles?

Certaines femmes travaillent par choix, d'autres par obligation. Dans les deux cas, elles souhaitent réussir. Nous devons collectivement le permettre.

Mais les stéréotypes ont la peau dure. Aujourd’hui encore, une jeune fille peut entendre qu’électromécanicienne n’est « pas un métier pour une fille ». Il a fallu une étude de Harvard publiée en 2025 pour affirmer ce que le bon sens aurait dû suffire à comprendre : les cerveaux des femmes et des hommes sont conçus de manière équivalente.

Le vrai problème, c’est que nous ne partons pas avec les mêmes clés. Et ce qui est encore plus préoccupant, c’est que nous ne le savons pas toujours. Trop de femmes me disent encore : « Je ne suis pas féministe » — sans réaliser que le féminisme, ce n’est rien d’autre que demander l’égalité. Les mêmes droits, les mêmes chances, la même reconnaissance. Ni plus, ni moins.

Oui, les choses évoluent. Mais on continue de se réjouir du fait que seulement quatre femmes dirigent une entreprise du CAC 40 — ce qui représente à peine 10 %. Et sur les 120 plus grandes entreprises françaises, seules 13 sont dirigées par une femme. Et quand une femme accède à de telles fonctions, c’est le plus souvent à la direction générale, tandis que leurs homologues masculins cumulent, eux, les rôles de président et de directeur exécutif. Un contraste d’autant plus flagrant que les filles, aujourd’hui, sont plus diplômées que les garçons. Ce n’est donc pas une question d’ambition. Si elles étudient plus, c’est qu’elles veulent réussir. Ce qui leur manque, ce n’est pas l’envie. C'est l'accès aux mêmes opportunités professionnelles que les hommes.

Si vous aviez carte blanche, que feriez-vous pour faciliter la parité et l’égalité ?

EM : L'éducation. Je miserais tout sur l'éducation. C’est l'arme la plus puissante qui soit pour transformer le monde.

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