
La 3e édition du Paris-Saclay Summit a accordé une attention particulière à la représentation des femmes dans les filières scientifiques et technologiques.
Grégoire de Lasteyrie, Président de l’agglomération Paris-Saclay, a affirmé l’engagement de l’agglomération dans l’égalité femme-homme. Il cite les chiffres suivants : aujourd’hui, en terminale, 46 % des filles écartent les sciences ; à l’université, elles ne sont plus que 33 % à les étudier ; dans les grandes écoles du plateau de Saclay, ce chiffre tombe à 20 / 25 % ; le taux de féminisation des filières scientifiques reste bloqué autour de 25 %.
« Cette situation n’est pas tenable. Alors que nous avons besoin d’être une grande puissance scientifique, nous ne pouvons pas nous passer de la moitié de nos talents » (Grégoire de Lasteyrie).
Le faible taux de féminisation dans les sciences s’explique d’abord par l’autocensure, selon Clotilde Coron, professeure des Universités en Sciences de gestion et Vice-Présidente Égalité – Diversité – Inclusion à l’Université Paris-Saclay. « Il existe une expérience qui a été reproduite de très nombreuses fois et qui donne des résultats très robustes, » explique-t-elle. « On demande à deux groupes d’élèves de reproduire de mémoire une figure géométrique complexe. Dans le premier groupe, on dit que c’est un exercice de dessin. Dans le deuxième groupe, on dit que c’est un exercice de géométrie. » Le résultat ? « À chaque fois, les filles réussissent moins bien quand on dit que c’est un exercice de géométrie ». Pour Clotilde Coron, la peur d’être l’objet de stéréotypes négatifs conduit à des pensées négatives qui nuisent à la performance. Les filles en viennent alors à douter de leurs capacités en mathématiques.
Sarah Cohen de DataIA le confirme, elle-même a eu tendance à s’autocensurer. « Depuis, je m'assure non seulement de donner mes idées lorsque j'en ai, mais surtout de prendre la parole relativement tôt. » Pourquoi ? « Parce qu'un autre phénomène apparaît : si je parle en début de réunion, alors toutes les femmes présentes vont prendre beaucoup plus facilement et fréquemment une part active dans les échanges. » L’institut DataIA a mis en place un système de mentorat et de bourse pour favoriser les femmes, dans le secteur de la tech et de l’IA, où elles ne représentent qu’environ 15 %.
À cela s’ajoutent l’incompatibilité entre les normes de genres (on attend des femmes qu’elles soient disponibles pour leur famille) et les normes de carrières (disponibilité professionnelle, mobilité géographique, capacité à se mettre en visibilité et à valoriser son travail).
Enfin, il existe aussi des biais de la part des parties prenantes (parents, enseignants, etc.) qui influencent l’orientation des filles. Clotilde Caron souligne que la féminisation des filières scientifiques ne dépend pas uniquement des choix des filles : elle suppose aussi d’agir sur l’orientation des garçons, aujourd’hui très concentrée vers les filières scientifiques, alors que les filles se répartissent davantage entre plusieurs voies.
La Fondation de l'Université Paris-Saclay œuvre pour féminiser les filières scientifiques via le programme Femmes et Sciences qui propose des bourses pour les étudiantes, des marrainages, une aide à la garde d’enfants pour les chercheuses, ou encore des ateliers d’initiation aux sciences pour les filles plus jeunes pour s’attaquer aux inégalités à la racine.
En octobre 2025, l'Agglomération Paris-Saclay a lancé un observatoire territorial des inégalités liées au genre dans l’orientation des lycéens et lycéennes, afin de mieux analyser les parcours académiques des filles et des garçons et les paramètres de choix des filières. Il permettra d’intervenir de manière plus ciblée auprès des acteurs académiques pour faciliter les trajectoires des filles dans les filières scientifiques.
Lecture PCE : la parité comme facteur d’attractivité et de compétitivité
Au-delà d’un enjeu d’égalité, la sous-représentation des femmes dans les sciences constitue un handicap économique et un angle mort de compétitivité. Dans l’entretien Parité en perspective n°3 que nous a accordé Charlotte Jacquemot (Département d’Études Cognitives, ENS-PSL/CNRS) souligne que l’absence de parité a un coût majeur : si le nombre d’inventrices était égal à celui des inventeurs, le taux de croissance pourrait augmenter de 70%, soit environ 10 milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires pour la France.
Pour Paris-Île de France, et tout particulièrement pour Paris-Saclay, l’enjeu est aussi d’attractivité : capacité à attirer / retenir des talents internationaux, à diversifier les viviers de recrutement, et à renforcer l’intensité d’innovation sur les technologies critiques (IA, quantique, biotech). Autrement dit, la parité n’est pas seulement un marqueur de valeurs : c’est un levier de performance, et donc un avantage comparatif territorial.
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